N° 32 - Mai/Juin 2010 - 7,80 €
ISSN : 1772-7200
Pendant la fameuse période dite du « miracle islandais », de nombreux textes latins touchant tous les domaines de la connaissance sont parvenus jusqu'à l'île que les clercs médiévaux nommaient souvent « Ultima Thule ». Les sciences au sens large ont en effet tout autant intéressé les Islandais des XIIe-XIVe siècles que les textes littéraires mieux connus du grand public – on a ainsi souvent montré comment le roi de Norvège Hákon Hákonarson avait favorisé au XIIIe siècle la traduction des œuvres alors à la mode à la cour de son voisin anglais. Il suffit de penser à des riddarasögur (sagas de chevalerie) comme les célèbres exemples de la Saga de Tristan et Yseut ou de la Saga de Charlemagne. Mais il est en fait difficile pour cette époque d'établir un partage strict entre science et littérature, tant il est vrai que cette dichotomie moderne ne rend pas compte du fait qu'une œuvre médiévale se veut toujours porteuse d'un contenu exemplaire qui la place immanquablement dans le champ du savoir. La parabole évangélique des talents est alors interprétée dans le sens d'une justification de la diffusion des connaissances comme autant de richesses qu'il faut faire fructifier, et même des œuvres qui nous semblent a priori relever aujourd'hui de la fiction et du divertissement sont introduites par ce topos passe-partout. L'œuvre recèle une vérité qu'il est important de faire connaître par tous les moyens. Tel est le message que les traducteurs des Lais de Marie de France (en norrois Strengleikar) ont reproduit en l'honneur du roi Hákon en tête de leur ouvrage, à l'instar du prologue de l'auteur anglo-normand.
Auteur : Daniel Lacroix
Magazine : Religions & Histoire n° 32 Page : 34-39
Date : 26/04/2010
Retour en haut