N° 2 - Décembre 2009 - 8,50 €
ISSN : 1772-7200
Ce printemps 1309, le pape Clément V (1305-1314) s'installe à Avignon. Il ouvre un cycle de soixante-dix ans qu'on appelle la « papauté d'Avignon », quoique les Italiens, inspirés depuis le XIVe siècle par le poète Pétrarque, ne cessent d'en parler comme de la « captivité de Babylone ». Si l'on veut y ajouter le temps du Grand Schisme où un pape s'accroche à Avignon tandis que l'autre a rétabli son siège à Rome, cela fait plus d'un siècle. Ce n'est pas une parenthèse. Mais pourquoi Avignon ? Quelle mouche a piqué le pape Clément pour qu'il renonce à Rome, la cité où se conserve la mémoire du triomphe de tous les empereurs, depuis le païen Octave Auguste jusqu'à Charlemagne, Otton III, Frédéric Barberousse ? Rome, la cité où siège le pape depuis le temps de saint Pierre. Rome où il trône depuis que Charlemagne l'a fait le maître d'une part de l'Italie. Rome, le lieu de tous les couronnements (des pontifes comme des empereurs). Chef d'une Église qui se dit universelle, le pape n'est-il pas un souverain à l'égal des rois ? Boniface VIII (1294-1303) l'a affirmé hautement et certains rois en conviennent sans l'avouer trop fort. Clément V en est conscient : il ne peut déroger à son statut. Le pape ne peut en effet vivre sans sa suite de serviteurs, d'officiers de bouche et d'administration, sans son gouvernement constitué par les grands dignitaires que sont les cardinaux (au nombre de vingt-quatre en 1309). Pourquoi alors renoncer à l'immense Rome pour se blottir dans une cité minuscule ? L'Italie est un cheval rétif, les Romains sont un peuple turbulent. Mais cela suffit-il à justifier l'abandon de Rome et le choix d'Avignon ?
Auteur : Guy Lobrichon
Magazine : Religions & Histoire hors-série n° 2 Page : 10-15
Date : 14/12/2009
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