N° 13 - mars/avril 2007 - 9,00 €
ISSN : 1772-7200
Dans l'Orient ancien, la royauté entretient des liens privilégiés avec le monde des dieux, dont elle dépend. Ces relations ont pu être utilisées par les souverains dans le cadre de l'exercice de leur fonction suprême, pour légitimer leur pouvoir, asseoir leur autorité, voire justifier certains de leurs abus. Cependant, les rois n'ont jamais réussi à s'extraire de l'autorité divine qui, en dernier ressort, demeurait maîtresse de la destinée du royaume ou du monde et garantissait que les rois ne tombent pas dans l'excès ou l'arrogance. L'Épopée de Gilgamesh utilise ce thème de l'excès combattu par les dieux, renvoyant le souverain à sa nature humaine. De la même manière, la relation qui est donnée par la Bible de l'apparition de la royauté au sein du peuple hébreu ne recueillit pas directement l'assentiment de Dieu, conscient des défauts que laisse émerger l'exercice du pouvoir, sources de maux pour le peuple.
Ainsi, le roi ne fut jamais dispensé de ses devoirs de modération, de justice et de piété envers le monde divin, à tel point que ses débordements ont pu conduire à la punition divine, la colère des dieux s'abattant sur le royaume dont le souverain avait péché. Cyrus devint ainsi l'arme de Marduk, le grand dieu de Babylone, lorsque ce dernier voulut punir son roi, Nabonide, pour ses manquements, comme Babylone devint l'arme de Yahweh pour punir le peuple dont le roi avait rompu l'alliance.
En dépit de la diversité religieuse et culturelle de l'Orient ancien, des Sumériens au monde de la Bible, ces sociétés présentent une vision finalement assez homogène de la position royale, dans un ordre cosmique et historique dominé par le monde divin.
Auteur : Sophie CLUZAN (conseiller scientifique)
Magazine : Religions & Histoire n° 13 Page : 16-73
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